Par Classiques Putes

« En cet état, il a plu au Seigneur de m'accorder plusieurs fois la vision que voici. J'apercevais un ange auprès de moi, du côté gauche sous une forme corporelle [...] il n'était pas grand, mais petit et fort beau ; son visage enflammé semblait indiquer qu'il appartenait à la plus haute hiérarchie, celle des esprits tout embrasés d'amour [...] Je voyais entre les mains de l'ange un long dard qui était d'or, et dont la pointe de fer portait à son extrémité un peu de feu. Parfois, il me semblait qu'il me passait ce dard au travers du cœur, et l'enfonçait jusqu'aux entrailles. Quand il le retirait, on eût dit que le fer les emportait après lui, et je restais tout embrasée du plus ardent amour de Dieu. Si intense était la douleur qu'elle me faisait pousser ces faibles plaintes dont j'ai parlé. Mais en même temps, la suavité causée par cette indicible douleur est si excessive qu'on aurait garde d'en appeler la fin, et l'âme ne peut se contenter de rien qui soit moins que Dieu lui-même. Cette souffrance n'est pas corporelle, mais spirituelle ; et pourtant le corps n'est pas sans y participer quelque peu et même beaucoup. Ce sont alors entre l'âme et Dieu des épanchements de tendresse, d'une douceur ineffable. Je supplie le Seigneur de bien vouloir les faire goûter, dans sa bonté, à quiconque croirait que j'invente ».
« Souvent lorsqu'on y pense le moins et qu'on n'a pas l'esprit occupé de Dieu, Sa Majesté réveille l'âme tout à coup : on dirait une étoile filante ou un coup de tonnerre. On n'entend cependant aucun bruit, mais l'âme sent que Dieu l'a appelée [...] Elle sent qu'elle vient de recevoir une délicieuse blessure d'amour. Comment, de qui l'a-t-elle reçue ? elle ne s'en rend pas compte ; mais elle en comprend si bien le prix qu'elle voudrait n'en jamais guérir. Elle se plaint à son Epoux par des paroles d'amour et cela même extérieurement. Elle ne peut s'en empêcher, parce qu'il lui fait sentir sa présence, sans pourtant se manifester de manière à l'en laisser jouir. La peine qu'elle en éprouve est très vive, mais suave et pleine de douceur [...] l'âme se consume de désirs et ne sait pourtant que demander, parce qu'elle sent clairement que son Dieu est avec elle. Vous me direz : mais si elle a cette connaissance, que désire-t-elle ? de quoi s'afflige-t-elle ? et que veut-elle de plus ? Je l'ignore. Tout ce que je sais, c'est que cette peine la pénètre jusqu'aux entrailles, et qu'on les lui arrache, ce semble, quand le divin Archer retire la flèche dont il l'a percée, tant est vif le sentiment de l'amour qu'elle lui porte ».

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