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Sévisses de Dieu


Sainte Thérèse d'Avila 
Avila, Espagne, 28 mars 1515, 5 h 30, selon le R.P. Silverio de Santa Teresa, critique officiel.
 
 

« En cet état, il a plu au Seigneur de m'accorder plusieurs fois la vision que voici. J'apercevais un ange auprès de moi, du côté gauche sous une forme corporelle [...] il n'était pas grand, mais petit et fort beau ; son visage enflammé semblait indiquer qu'il appartenait à la plus haute hiérarchie, celle des esprits tout embrasés d'amour [...] Je voyais entre les mains de l'ange un long dard qui était d'or, et dont la pointe de fer portait à son extrémité un peu de feu. Parfois, il me semblait qu'il me passait ce dard au travers du cœur, et l'enfonçait jusqu'aux entrailles. Quand il le retirait, on eût dit que le fer les emportait après lui, et je restais tout embrasée du plus ardent amour de Dieu. Si intense était la douleur qu'elle me faisait pousser ces faibles plaintes dont j'ai parlé. Mais en même temps, la suavité causée par cette indicible douleur est si excessive qu'on aurait garde d'en appeler la fin, et l'âme ne peut se contenter de rien qui soit moins que Dieu lui-même. Cette souffrance n'est pas corporelle, mais spirituelle ; et pourtant le corps n'est pas sans y participer quelque peu et même beaucoup. Ce sont alors entre l'âme et Dieu des épanchements de tendresse, d'une douceur ineffable. Je supplie le Seigneur de bien vouloir les faire goûter, dans sa bonté, à quiconque croirait que j'invente ».


« Souvent lorsqu'on y pense le moins et qu'on n'a pas l'esprit occupé de Dieu, Sa Majesté réveille l'âme tout à coup : on dirait une étoile filante ou un coup de tonnerre. On n'entend cependant aucun bruit, mais l'âme sent que Dieu l'a appelée [...] Elle sent qu'elle vient de recevoir une délicieuse blessure d'amour. Comment, de qui l'a-t-elle reçue ? elle ne s'en rend pas compte ; mais elle en comprend si bien le prix qu'elle voudrait n'en jamais guérir. Elle se plaint à son Epoux par des paroles d'amour et cela même extérieurement. Elle ne peut s'en empêcher, parce qu'il lui fait sentir sa présence, sans pourtant se manifester de manière à l'en laisser jouir. La peine qu'elle en éprouve est très vive, mais suave et pleine de douceur [...] l'âme se consume de désirs et ne sait pourtant que demander, parce qu'elle sent clairement que son Dieu est avec elle. Vous me direz : mais si elle a cette connaissance, que désire-t-elle ? de quoi s'afflige-t-elle ? et que veut-elle de plus ? Je l'ignore. Tout ce que je sais, c'est que cette peine la pénètre jusqu'aux entrailles, et qu'on les lui arrache, ce semble, quand le divin Archer retire la flèche dont il l'a percée, tant est vif le sentiment de l'amour qu'elle lui porte ».


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E
« QUATORZIÈME PAS : AGRANDISSEMENT DE LA PÉNITENCE<br /> Comme j'étais debout dans la prière, le Christ se montra à moi et me donna de lui une connaissance plus profonde. Je ne dormais pas. (46) <br /> Il m'appela et me dit de poser mes lèvres sur la plaie de son côté. Il me sembla que j'appuyais mes lèvres, et que je buvais du sang, et dans ce sang encore chaud je compris que j'étais lavée. Je sentis pour la première fois une grande consolation, mêlée à une grande tristesse, car j'avais la Passion sous les yeux. Et je priai le Seigneur de répandre mon sang pour lui comme il avait répandu le sien pour moi. Je désirais pour chacun de mes membres une passion et une mort plus terrible et plus honteuse que la sienne. Je réfléchissais, cherchant quelqu'un qui voulût bien me tuer ; je voulais seulement mourir pour la foi, pour son amour, et puisqu'il était mort sur une croix, je demandais à mourir ailleurs, et par un plus vil instrument »<br /> <br /> <br /> chap. 20<br /> <br /> Et si je voulais articuler au lieu de paroles, il ne venait que des hurlements, et je rugissais, je rugissais ; si j'essayais de dire un mot, il était couvert par un cri ; on cherchait à m'entendre, et on ne pouvait pas. Cela se passait à la porte de l'église de Saint François. Tout le peuple s'assembla, je rugissais en présence du peuple. J'étais assise en criant et j'étais languissante pendant que je rugissais. Mes compagnons et mes amis furent pris de honte et s'écartèrent en rougissant. On ne savait pas ce qui m'arrivait ; on se trompa sur la cause. Quant à moi, je disais : « C'est Lui, je ne doute plus, c'est Lui ; j'ai la certitude, c'est Lui, c'est le Seigneur qui m'a parlé. Je hurlais de douceur et de douleur, car c'était Lui, mais il était parti. « La mort, criai-je, la mort ! » Mais, ô douleur ! je ne mourais pas, et (75) je vivais, et il ‘était parti ! mes jointures se séparaient.<br /> <br /> <br /> Je dirai, si vous voulez, que l'amour prit, en me touchant, la ressemblance d'une faux. Je vous supplie de ne pas croire qu'il s'agisse d'une ressemblance commensurable. Mais il me sembla qu'un instrument tranchant me touchait, puis il se retirait, ne pénétrant pas autant qu'il se laissait entrevoir. Je fus remplie d'amour ; je fus rassasiée d'une plénitude inestimable. Mais (89) écoutez le secret : cette satiété engendrait une faim inexprimable, et mes membres se brisaient et se rompaient de désir, et je languissais, je languissais, je languissais vers ce qui est au delà. Ni voir, ni entendre, ni sentir la créature. Oh ! silence ! silence ! <br /> <br /> <br /> 29 L’onction<br /> «Je t'en fais présent, qu'il descende au fond de toi. Je te donne plus que tu ne m'as demandé. Voici que je plonge l'amour en toi : Tu seras chaude, embrasée, ivre, ivre sans relâche; tu supporteras pour mon amour toutes les tribulations<br /> <br /> <br /> Alors je vis Jésus-Christ incliner sa tête sur mes bras, qui étaient étendus à terre; il me montra les siens, et en même temps son cou. Aussitôt ma douleur se changea en une joie telle, que je perdis le sentiment et la vue de tout ce qui n'était pas lui. Le cou était d'une beauté à faire mourir la parole humaine. Je compris que cette beauté inouïe était le rejaillissement de la divinité, et cependant mes yeux (126) ne voyaient que son cou, dans une splendeur merveilleuse. Beauté incomparable, qui n'a pas de pareille en ce monde, couleur qui ne ressemble à aucune couleur connue, si quelque chose se rapproche de vous, c'est la lumière dans laquelle quelquefois à la messe j'aperçois le corps du Christ, à l'élévation (127).
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